Et soudain, la liberté

Et soudain, la libertéde Evelyne Pisier et Caroline Laurent, est un roman féministe (presque) autobiographique à la fois de l’auteure et de l’éditrice. Je l’ai dévoré ce week-end et il m’a tellement plu, que j’écris ici mon premier article sur un livre lu.

Ces derniers mois je me suis prise de passion de destins de femmes ou de réflexions sur la nature même de la femme et de sa prise de pouvoir sur sa propre vie. Et ce roman, qui est d’ailleurs, une première plume est une magnifique épopée d’une femme et de sa fille, qui commence en 1945 en Indochine.

De quoi cela parle ?

Une femme, Mona devient l’épouse d’un français, André, au moment où la France coloniale est en déclin. D’abord en Indochine, puis à Nouméa, elle lui donne deux enfants. Une fille Lucie, intelligente et impertinente dès son jeune âge et qui tout en admirant son père, le questionne sur ses idées racistes et politiques dont il parle quotidiennement. Mona lui donne un deuxième enfant, un garçon, Pierre, qui lui, est acclamé comme une bénédiction avant même sa naissance. Et c’est durant cette période que tout va basculer pour Mona. Elle réalise sa condition de femme auprès de son mari, et de là commence sa petite révolution contre l’autorité du « chef de famille ». L’élément déclencheur est la lecture d’un livre, Le Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir et la rencontre de deux personnages, son futur amant et sa bibliothécaire.

La révolution commence d’abord par l’obtention de son premier pantalon, puis son envie de conduire malgré l’interdiction de son mari, sa prise d’un amant, ses réflexions et ruses pour obtenir le divorce ect…

Pourquoi ce livre interpelle?

Car ce livre retrace l’émancipation de la femme, à la fin des années 1950, à travers une femme et de sa fille, qui ont pris conscience de leurs conditions et qui veulent s’en défaire par tous les moyens, avec intelligence et détermination.

Elles nous rappellent que les choses qui nous semblent normales aujourd’hui ne l’étaient pas, à la moitié du siècle dernier, soit il y a à peine 70 ans. Le port du pantalon, le droit de conduire, l’indépendance financière, la contraception, le droit à l’avortement sont des exemples de choses acquises durement grâce au changement incarné par de nombreuses femmes et quelques hommes de cette époque.

En voici un extrait :

« C’est fou. Quand on te répète en permanence qu’il y a des races et que ce sont elles qui fondent les rapports humains… Quand la religion est partout, qu’on t’élève dans l’antisémitisme, la haine des protestants, des homos, des métèques… Comment as-tu fait ? Et ta mère ? Ta mère ! Elle a grandi avec ces idées-là, elle les a partagées avec son mari… Et puis la rupture. C’est inouï. Comment avez-vous fait pour vous affranchir de tout ça ? » Évelyne me ressert un verre de vin en souriant : C’est tout l’objet du livre, non ?  » 

Pourquoi on aime ces héroïnes ?

Parce qu’elles nous ressemblent. Parce qu’elles sont humaines. Parce qu’elles sont fortes et déterminées. Mona subit la prison en Indochine avec sa fille, et là bas un viol collectif, et malgré tout le confort que lui apporte son mari certes raciste, elle n’a pas peur de se sortir de sa zone de confort et de le quitter alors qu’elle ne travaille pas. Elle aime les hommes oui, elle ne peut pas imaginer une vie sans eux, mais grâce à eux, elle atteint ce qui nous est le plus cher : l’estime de nous même accompagnée d’une liberté sans limites. Tandis que sa fille, dès son plus jeune âge se forge ses propres opinions sur ce qui est bien, mal, juste et injuste et décide à 11 ans, que Dieu n’existe pas. Elle grandira auprès de cette mère qui n’a peur de rien, et se construira une vie de tous les possibles.

Et quoi d’autre ?

En plus de se retrouver dans l’époque d’après-guerre, on voyage. On voyage en Asie, en Océanie, en métropole et dans les Caraïbes. On se retrouve confronté à ses mœurs qui nous semblent tellement archaïques, mais qui sont encore le lot quotidien de la majorité des femmes de notre planète. Outre le féminisme, les thèmes du racisme, de l’éducation, de la liberté, de la sexualité, et de la religion sont abordés avec pudeur et sans trop en faire à travers des personnages plus que crédibles.

Les chapitres sont entrecoupés des explications de l’éditrice, chose que je n’avais jamais lu auparavant. Elle explique au fur et à mesure la construction du roman, car ces vies n’ont pas été inventées, elles ont réellement été vécues.

Comme quoi, il suffit d’une génération pour tout changer. Et je leurs dis CHAPEAU et MERCI.

Ce roman a reçu également les prix suivants :

  • Le grand prix des Lycéennes de Elle
  • Le prix Marguerite Duras
  • Le prix première plume

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