Etre aimable comme une porte de grange – et autres expressions suisses

Cela fait quelques années que j’habite en Suisse, à Genève, dans la partie francophone. Même si je vis à la frontière, et que l’on y parle français, je peux vous assurer que je vis bien en Suisse. Outre l’argent qui ressemble à des billets de Monopoly (avec le fameux billet de 1’000 CHF violet) ou le système de santé privé qui ressemble au système américain, les suisses francophones, ou du moins les genevois ont des expressions bien à eux, qui font sourire nous français, quand on les comprend mais qui nous font nous interroger aussi, quand on ne les comprend pas…

Mon premier appartement quand je suis arrivée, je l’ai partagé entre autre, avec un Suisse. Pour se mettre en accord avec les roulements des tâches ménagères ainsi que le matériel à acheter il me demanda la première semaine:

– Tu as vu une panosse dans les placards ou pas ?

– Une panosse ? Qu’est ce que c’est ?

– Bah tu sais, pour panosser.

– Quoi ? Panosser ? Mais panosser quoi ?

– Bah le sol. On a du carrelage, cela se salit très vite, on va devoir la passer au moins une fois par semaine.

– Ah mais tu parles d’une serpillère ?

– Une serpillère ? Non, une panosse !

Bon le dialogue a continué pendant un moment et je vous l’épargne en vu de son manque d’intérêt. La panosse est donc bien une serpillère.

J’ai par la même occasion appris pendant ces quelques mois de cohabitation quelques termes utiles à la vie en communauté, comme les quittances (factures) que nous devions payer, le ch’ni (bordel) dans les pièces communes, le feune (sèche-cheveux) avec lequel je me séchais les cheveux ou encore le numéro de natel (portable) que je devais communiquer.

Etant à la frontière et en étant une française un peu chauvine concernant la nourriture, j’allais souvent, au début, faire mes courses en France. Je considérais que c’était moins cher, qu’il y avait plus de choix, mais au final cela me prenait beaucoup de temps aussi, n’étant pas véhiculée. Je me suis mise alors à aller à la Migros et à la Coop ou à l’époque on me proposait des cornets, à la caisse. Un cornet ? Et bien un sac en plastique voyons !

Mais là où j’ai appris le plus, c’est là où je travaille en ce moment. Je travaille dans une fiduciaire, ou boîte de consulting (pour les français), suisse, qui a été créée il y a 75 ans. Nous sommes près de 50 collaborateurs aujourd’hui et la majorité des collaborateurs sont suisses et donc sources d’expressions typiques qui me permettent de continuer mon apprentissage.

Ma binôme la première semaine m’a sortie la phrase suivante :

– Peux-tu me passer la fourre qui est dans la pelle s’il te plaît ?

Franchement, je ne savais pas ce que je devais lui passer, ni encore moins où je devais le trouver. Four ? Mais quel four? et dans les bureaux ? Et non je ne vois pas de pelle non plus…

En voyant mon visage se décomposer, elle s’est levée, est passée derrière moi et a pris la chemise en plastique, qui était dans la banette. Quand je lui fis ma traduction, elle me dit :

– Mais pourquoi me parles-tu de pain ? …

Autres mots rigolos que j’ai appris en langage bureau sont les fourres kangourous. Vous devinez ? Les chemises en plastique avec une petite poche devant…

On m’a aussi dit de ne pas me casser le plot (la tête) quand je ne comprenais pas quelques chose, que ça joue, quand « ça marche », qu’une collègue était aimable comme une porte de grange (prison) certains matins et de se dire adieu à la pause de midi alors qu’on se revoit une heure après. En hiver on me conseille de prendre ma jaquette pour sortir, et de prendre un linge l’été quand je vais me baigner ou tout au long de l’année d’appeler ou de ne pas appeler mon boss quand il est en séance (réunion).

Se souhaiter encore « tout de bon » quand on quitte une entreprise ou quand on assiste à un grand événement c’est se souhaiter le meilleur pour l’avenir.

Je me suis mise sans grandes difficultés par contre aux septante (soixante-dix) et nonante (quatre vingt-dix), qui au final me semblent la suite logique dans la prononciation de la numérotation.

Donc rien de scandaleux, on parle français sans soucis en Suisse, juste quelques expressions qui changent et qui enrichissent notre langue française. Mais le top c’est d’entendre dire de l’une de mes collègues après son rendez-vous avec la commerciale qui lui vend des fournitures :

– Elle, elle vient sûrement de Paris, car déjà elle a un fort accent et en plus elle ne comprend jamais la moitié de ce que je lui demande en terme de fournitures…

Et vous chers lecteurs ? Où vivez vous ? Avez-vous des expressions françaises que l’on ne pratique pas en métropole? Et pourriez vous nous les faire partager?

5 commentaires sur “Etre aimable comme une porte de grange – et autres expressions suisses

  1. il semble y avoir plus de différences entre le français de France et le français suisse qu’entre le français de France et le français belge…En tout cas, moi qui suis de Belgique, j’ai compris aucune expression suisse 🙂

    Aimé par 1 personne

      1. Oui et on y tient à notre septante et nonante…Je pense qu’en Belgique, c’est vraiment une question de région. Ici, à Bruxelles, on a notre accent bruxellois (j’insiste, il n’y en a pas qu’un), quelques mots mais je crois que dans l’ensemble, ce n’est pas si différent au français de France…

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