Le fantasme relationnel

Je suis fille unique de parents divorcés. Outre la guerre à distance qu’ils se menaient, par mon intermédiaire, cette seule séparation, m’avait fait me promettre, à l’âge où on se rend compte que nos parents ne sont plus parfaits, que jamais, au grand jamais, je n’aurais d’enfants. Poussant encore plus loin mon raisonnement, je m’imaginais vivre seule, faire tout ce dont je me promettais, mais seule.

Nous sommes d’accord, ce genre de raisonnement n’est valable que lorsqu’on ne possède aucune expérience de la vie. Car en effet, les années passant, pour ma part, les hommes sont devenus des êtres intéressants, certains ont même provoqué le besoin d’être avec eux, jusqu’à vouloir avoir un jour des enfants avec l’un d’eux.

Dilemme car cela complique tous les plans de la vie super heureuse que je m’imaginais. Oui dilemme car vous vous rendez compte dans quel fantasme (ou même merdier) « relationnel » nous vivons actuellement ?

Je me disais souvent que je m’étais trompée d’époque, qu’avant c’était plus « facile » car les hommes et les femmes se rencontraient jeunes, se fréquentaient, se mariaient, avaient des enfants et étaient heureux, c’est tout, fin de l’histoire.

Grave erreur. Cela n’a jamais fonctionné comme cela. Enfin chaque époque a ses traumas.

Nous, nous vivons à une époque où nous avons le choix. Beaucoup trop de choix? Nous voulons tout d’une relation et tout de suite. Nous sommes devenus hyper sélectifs. Nous voulons une relation où l’autre est beau mais pas trop, riche mais connaissant la valeur de l’argent, tendre mais étant une bête de sexe au lit, drôle mais réservé, sociable mais nous gardant du temps… Et la liste n’en finit pas.

Donc nous consommons. Nous consommons des relations comme nous consommons des produits. Nous « essayons », nous « tentons l’expérience », mais si, il ou elle ne remplit pas les conditions, nous déçoit, nous plions bagage. Nous ne voulons pas « perdre de temps ».

Sauf qu’à la longue, la consommation d’émotions, d’attentes et de frustrations n’a pas les mêmes effets que la consommation basique de produits. Elle consumme.

Si on n’a pas trouvé chaussure à son pied quand on a la trentaine, on est à peu près à une dizaine d’années de « périodes d’essais ». La consommation émotionnelle fatigue, vide, mais surtout, elle détruit.

Nous sommes devenus, et ce, grâce notamment à nos smartphones, des êtres impatients, exigeants, frustrés et se refusant au compromis. Tout le contraire de ce que vivaient les générations passées, qui étaient, elles, et de loin, beaucoup plus patientes, pragmatiques ou fatalistes ?

Mais quel était le secret de nos grands-parents pour ceux qui sont restés d’aussi longues années ensemble ? Tous répondront qu’ils ont appris avec le temps à connaître l’autre, qu’ils ont été patient, qu’ils ont fait des compromis, qu’ils n’abandonnaient pas à la première difficulté et que c’était un travail de tous les jours.

Un travail. De tous les jours. Se serait donc ça.

Nous sommes une génération en quête constante et rapide de sens, dans ce que l’on fait, ce que l’on veut devenir, et même dans la personne que nous voulons aimer. Nous ne voulons plus travailler 30 ans pour la même boite et nous démissionnons lorsque nous considérons que nous méritons mieux. Nous voulons avoir du temps libre, et en avoir trop peut nous angoisser. Nous sommes devenus des êtres centrés sur nous-mêmes, et les autres nous intéressent moins. Nous perdons le sens de la communauté, de la famille et de l’entraide à autrui. Nous voulons le bonheur sans connaître le malheur.

Alors comment arriver à construire dans la durée avec quelqu’un sans se sentir angoisser, frustrer ou encore pris au piège ? Comment avoir des enfants dans ce monde où tout va si vite, où la technologie, les médias inhibent nos émotions et nous disent comment vivre nos vies et ce qu’est une « bonne vie » ?

Car avouons-le, au fond, cela reste une envie, un objectif, pour beaucoup d’entre nous : avoir un partenaire de vie qui soit à la fois un ami, un amant et un père. Que nous puissions être sereines et stables dans nos relations. Et qu’on se le dise l’amour ne se trouve pas, et ne se consomme pas non plus. Il se construit, cela ne tient qu’à nous d’en décider et parfois même, on peut le rencontrer plus d’une fois dans sa vie.

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