Fantômes ou hallucinations?

Elle cria. Elle était dans sa chambre et les cris se transformèrent en hurlements.

Je venais juste de poser mes fesses devant mon plateau repas, je ne faisais que courir depuis 7h ce matin et j’étais épuisée. Je voulais juste avoir la paix pour le reste de la soirée. Mais c’était une nouvelle fois, trop demandé.

Certes, ce n’était pas ma cliente favorite, elle me faisait même peur, mais cette semaine je faisais une exception pour dormir chez elle. Son fils étant en voyage d’affaires, il avait peur de la laisser seule la nuit. J’avais accepté le deal, moyennant finance bien sûr, et en cash.

Elle était couchée depuis à peu près 18h. Le rapport du fils en début de semaine n’était pas vraiment positif mais pas alarmant non plus. Les cris reprenaient :

– Non, non, ne m’emmenez pas !

Quoi ? Quelqu’un était rentré dans sa chambre sans que je m’en rende compte ? Il n’y avait que ce couloir qui menait aux chambres pourtant et je suis restée là depuis qu’elle était couchée. Ou bien était-ce encore une de ses ruses pour obtenir de l’attention ?

Je décidai d’y aller, sinon c’était les voisins qu’elle allait réussir à alarmer.

Il faisait noir. Partout. Dans le couloir, dans la chambre et dehors.

Une fois dans la chambre, je me suis mise à tâtonner un peu à l’aveugle, mais en connaissant le moindre recoin, je m’approchai du lit, et j’allumai la lampe de chevet. Je la découvris sous un drap qu’elle avait ramené jusque sous ses yeux. Elle avait le regard apeuré fixant le mur devant elle.

Mais il n’y avait rien de nouveau dans la pièce, toujours cette armoire grise contre le mur sur fond blanc, et le fauteuil dans le coin. Rien au mur d’accroché et l’armoire était fermée. Une fois assise sur le rebord du lit elle me supplia :

– Dites-leur de partir, ils veulent m’emmener !

Je la regardais avec incompréhension et réussis à lui répondre avec un peu de provocation :

– Cela aurait été avec plaisir, mais je ne vois personne.

Elle me donnait tellement de fil à retordre depuis que je venais dans cet appartement que je me sentais dans mon droit de lui parler ainsi. Puis après tout je n’avais pas été embauché pour traiter les troubles comportementaux et/ou mentaux de mes clients. Je me déplaçai autour du lit en faisant de grands gestes avec mes bras pour lui montrer qu’il n’y avait aucune autre âme qui vive dans cette chambre à part nous deux mais elle persista :

– Mais là, ils sont partout autour de vous ! Autour du lit. Ils sont habillés tout en noir et me regardent en souriant. Ils veulent m’emmener ! Je suis sûre qu’ils veulent m’emmener ! J’ai peur ! Faites quelques chose !

Ok. Donc là, c’était grave, elle n’avait pas l’air de jouer la comédie. Elle voyait ces hommes partout autour du lit qui lui voulaient du mal. Elle tremblait de partout et me demandait de l’aider. Elle pensait qu’ils étaient réels, ou bien alors était-elle sur le point de mourir ? Une pensée me vint pour le film GHOST où les envoyés du diable embarquaient les mauvaises personnes pour l’enfer une fois mortes. Car en vue de son passif, cette femme n’irait pas au paradis et ne passerait sûrement pas par le purgatoire avant que qui que ce soit ne l’embarque. Mais pour cela il fallait être mort, et elle, était bien vivante.

Je décidai donc de mettre l’aide à domicile un peu rebelle et révoltée en veilleuse et je commençais calmement à chercher sous le lit tout indice hallucinogène caché : bouteille d’alcool vide, drogues, seringue, médicaments non autorisés… Mais je fis chou blanc. Rien.

Puis je m’assis à côté d’elle, je lui pris la main et j’essayai de prendre une voix aussi douce que possible pour dire :

– Mais non, il n’y a personne ici. Il n’y a que vous et moi, et aujourd’hui, on ne vous emmènera nulle part.

Elle se mit alors à sangloter:

– Non je ne veux pas partir, j’ai peur ! J’ai peur ! Ils sont méchants ! Ils n’arrêtent pas de se parler entre eux et de me sourire.

Bon ok, Clara, il faut réfléchir et vite. Tu ne pouvais pas appeler les pompiers car son fils te l’avait interdit, et surtout, tu pouvais t’asseoir sur le cash promis si tu le faisais. Hors de question. J’en avais trop besoin. Pas les voisins non plus, trop risqué que cela s’ébruite dans l’immeuble. De la famille ? Oui, il m’avait laissé un numéro à l’entrée. Son oncle, le frère de sa mère.

Une heure et demie plus tard les hommes en noir avaient disparu. Une rapide escapade dans la baignoire sous une douche froide avait fait disparaître tout éventuel mec en costard qui rôdait autour de son lit. Magique. Efficace. Pourquoi n’y avait-je pas pensé ?

Une fois l’oncle parti, elle s’endormit rapidement et moi je pu enfin réchauffer mon assiette que j’avais laissée 2h auparavant sur la table.

Et près le dessert je pris mon carnet et j’écrivis sur ma fiche cliente en dessous de « riche, alcoolique et mythomane » les termes « schizophrène ou médium pouvant voire les fantômes ? ».

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