Bienvenue en France, à l’étranger (2)

Restons calme et soyons diplomate

Après avoir pianoté quelques instants sur son ordinateur, Geoffroy me dit :

– Il y a un problème. Vous êtes inscrite dans deux consulats.

– Comment ça ?

– Ici et à Helsinki.

– Helsinki ? Je n’étais pas au courant. Mon père avait dû faire les démarches quand j’y vivais, mais j’étais mineure à l’époque. Et je suis finlandaise également, alors pourquoi m’avoir inscrit sur le registre des français ?

– Cela n’a rien à voir. Ne voyez pas les choses comme cela.

– C’est à dire ? Je vois les choses comment ?

Il commençait, vraiment, à me chauffer avec son ton.

– Finlandaise ou non, il fallait quand même qu’il vous inscrive au consulat français.

– Mais si j’ai déjà la nationalité du pays dans lequel je vis, je ne vois pas l’intérêt.

– Ah mais si. Imaginez qu’il y ait une guerre en France, et d’un coup, plus d’état. Regardez ce qui se passe en ce moment, vous seriez bien contente de trouver refuge dans une ambassade finlandaise non ?

Véridique. Je suis les news, mais il me donne l’impression d’avoir vraiment loupé quelque chose d’important. Un échange auquel, encore une fois, je ne m’attendais pas.

– Donc, là actuellement à Genève, je devrai aussi m’inscrire au consulat finlandais ? Je n’ai ni revenu, ni assurance et je n’ai même plus de compte en banque là-bas.

– Oui, vous devriez. On ne sait jamais.

– Bon ok. En attendant est ce que vous pouvez rétablir la situation actuelle pour mon inscription au consulat français de Genève ?

– Je ne sais pas. Laissez-moi quelques minutes et je vais voir ce que je peux faire….

Troisième attente.

Il m’agace grandement ce franco français en face de moi. Mais bon j’ai de la chance, Geoffroy a l’air de s’y connaître car pendant qu’il traite avec moi, il est interpelé trois fois par des collègues, qui elles, remplissent l’image des fonctionnaires d’ambassade que j’avais en tête : la cinquantaine, des lunettes, habillées avec des couleurs très vives et sur-maquillées. Il a l’air de prendre des décisions compliquées et qui sont apparemment surtout très urgentes : détruire ou pas les folios avec des stickers, prendre une copie ou scanner la copie d’un passeport volé?…

Une fois mes empreintes prises, une double vérification de l’ensemble de mes données, ma double signature sur des documents, il me demande de passer à la caisse et de revenir avec la quittance. Certes nous sommes à l’ambassade de France, mais quelques termes suisses se glissent quand même dans le langage.

Je retrouve donc la dame avec l’air super aimable derrière sa vitrine. Elle a les cheveux rouges, des lunettes, ronde et oh surprise, elle a des tatouages plein les bras. Chose que j’apprécie, car cela casse une nouvelle fois l’image que j’avais aux premiers abords d’elle. Deuxième fonctionnaire hors catégorie de ce consulat.

Quatrième attente, car une autre personne est devant moi. En attendant, je remarque d’autres feuilles A4 spécifiant le non-paiement en EUROS mais seulement en Francs Suisses, et si paiement en carte de crédit, seulement une maestro ou une postcard. Le comble pour une ambassade européenne en pays européen non ? Et dans une ville où la plupart des commerces / restaurants / bars acceptent les euros.

Et à ce moment-là je me fais la constatation suivante : pour être en légalité avec l’Etat, quel que soit l’Etat, il faut avoir un minimum de moyens. Il faut payer. Et cher.

Naïve que je suis, je pensais que cela serait des clopinettes. La caissière m’avance le TPE pour un montant de 120 CHF, soit au taux de change actuel d’un peu plus de 100 €. Et oui, ça commence quand même à faire un budget. L’Etat ne nous permet vraiment pas d’être légal gratuitement.

Une fois payée, et la quittance dans les mains, je reviens vers Geoffroy. Il m’explique alors que je recevrai mon passeport d’ici deux semaines. Que je suis censée recevoir un texto, mais que je devais comprendre que la technologie ne fonctionnait pas toujours, alors il m’invitait, pour être sûre, à me connecter plutôt sur le site de l’ambassade et de vérifier avec mon numéro d’identifiant de ressortissante française l’état de ma demande.

Je lui souris et je me demande si le fait de vivre à l’étranger ou d’avoir une double nationalité exacerbe autant chez moi l’observation de tics et rites culturels ? De me dire qu’en l’espace de presque une heure, je ne me suis sentie nulle part ailleurs qu’en France.

Sur ce, je remercie donc Geoffroy pour son aide, je sors de l’open space, je descends les escaliers, je dis au revoir à ce réceptionniste hors catégorie, et je quitte cette petite France cloisonnée entre quatre murs à Genève.

(Suite et fin)

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