Sans portable

Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip. Les portes du tram se referment. Je regarde mes mains : plus de portable.

Je suis comme paralysée. Je ne comprends pas ce qui vient de m’arriver. Qu’un gamin de pas plus de 15 ans vienne de m’arracher violemment mon téléphone que je tenais dans les deux mains car j’écoutais de la musique.

La première phrase que j’entends derrière moi est la suivante: « A moi cela ne me serait jamais arrivé, ces gamins sont toujours à roder dans les trams pour chiper tout ce qu’ils peuvent. En plus elle est assise à la sortie. »

Ne pas répondre. Surtout ne pas répondre. Comprendre que je suis donc sans téléphone, de retour chez moi, enfin je dois faire avant 4h de train. On m’attend d’ailleurs à Genève pour 20h, je fais comment pour prévenir la personne qui est censée venir me chercher?

Les contrôleurs montent deux arrêts plus loin, le temps que je reprenne pied sur la situation, mais c’est quand même un passager qui les interpelle pour qu’ils viennent me voir. Après coup, je me rends compte qu’à ce moment-là personne n’a essayé d’appeler les flics. Le vol à l’arraché s’est donc vraiment démocratisé.

Les contrôleurs viennent me voir, me demandent ce qu’il s’est passé et les démarches que je dois faire. Non je ne peux pas aller au commissariat maintenant car mon train est dans 40 min. Oui j’aimerai appeler quelqu’un pour prévenir, mais…

Et oui, et là je me rends compte: « Mais je ne connais pas son numéro de téléphone ». En fait je me rends compte que je ne connais aucun numéro de téléphone, à part le mien et celui de mon ancien boulot. Je me sens d’un coup très idiote.

Alors je vais passer les détails sur la boule dans ma gorge qui s’est formée, l’angoisse dans le ventre qui ne m’a pas quitté, mes vomissements intermédiaires dans les trains jusqu’à ce que j’arrive chez moi, puis l’obligation de relativiser par la suite : après tout, ce n’était qu’un téléphone. On ne m’avait pas volé mon sac à main, avec mon fric, mes papiers, les clés de chez moi, ma vie quoi. Mais j’étais peut être plus dans cet état car je m’étais fait agresser.

Mais alors comment vit-on sans téléphone portable quand on en possède un depuis 15 ans ?

Alors d’abord on prévient les personnes que l’on a sur Facebook que l’on est désormais injoignable. Et là on a beau critiquer Facebook de temps à autre on aime finalement beaucoup qu’il existe. Après, pour les personnes n’ayant pas Facebook, et même ceux qui n’ont pas d’internet, on retourne son appartement pour trouver un répertoire crée 15 ans auparavant avec des numéros de téléphones fixes.

Ensuite, je passe la plainte au commissariat, les démarches auprès des assurances ect. Au quotidien ça fait quoi ?

Bien, on est un peu perdu. On se rend compte que notre téléphone, on en est accroc et qu’on ne le consulte pas une fois ou deux dans la journée mais un nombre incalculable de fois : whatsapp, facebook, linkedin, emails, planning, musique, photos, météo, transports, GPS, sport, news…

On se sent comme nu. Il nous manque en permanence quelque chose sur nous. On sort dans la rue, on prend les transports, on est au travail et on remarque que 90 % des gens ont un téléphone dans la main ou pas loin : pour téléphoner, envoyer des messages, écouter de la musique, jouer ou juste « au cas où ».

Sans téléphone, on refait attention à ce qui nous entoure. On regarde autour de nous quand on se déplace, on parle avec les autres et quand on cherche quelque chose on demande. Les comportements de base que l’utilisation du téléphone nous a fait oublier.

Ces quelques jours sans portable m’ont fait prendre conscience comment le téléphone nous renferme sur nous-même et dans des réalités virtuelles. Nous passons de plus en plus de temps seuls avec nos portables plutôt qu’à interagir en réel avec des personnes en chair et en os. Cela vaut quand on est chez soi ou pire encore, quand on est dehors en bonne compagnie.

On ne réfléchit plus, on ne patiente plus, on ne socialise plus en réel, car on peut tout avoir tout de suite. Nos téléphones nous aident-ils donc à évoluer ou à régresser ? Nous permettent-ils de nous socialiser ou de nous isoler ?

« Je crains le jour où la technologie dépassera l’homme. Le monde aura une génération d’idiots” Albert Einstein

2 commentaires sur “Sans portable

  1. Tout a fait d’accord avec ça… C’est fou comme le téléphone portable nous désociabilise! Effectivment, ne pas l’avoir sur soi ne serait-ce que 5 mn nous fait sentir comme “nus” c’est vrai. L’angoisse monte, on ne connaît même plus les numéros de nos contacts.. Il nous est devenu tellement indispensable que vivre sans devient compliqué. Et pourtant, une de mes amies s’en est passé pendant 3 ans! C’est donc possible! Et cela doit faire tellement de bien de se déconnecter et de revenir à la réalité…

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  2. Exact. Même si on n’a du mal à s en passer dans nos vies quotidiennes, on doit absolument essayer de s en séparer pendant des vacances ou simplement quand on a du monde autour de soi…

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