Je suis une femme

« Baaah c’est dégueu ! » dis-je tout fort, sur la cuvette des toilettes en regardant ce qui s’était passé dans ma culotte.

« Ca va chérie ? Y a un problème ? » toqua mon père à la porte de la salle de bain.

« Non, non. Enfin, oui ça va… » répondis-je en pestant que mon dégoût se soit matérialisé à haute voix.

« Il ne manquait plus que ça » continuai-je, mais cette fois dans ma tête.

J’ai enlevé ma culotte envahie par une « mixture » inconnue pour bien regarder à la lumière du jour. « Cela ne pouvait être que « ça » ».

Je supposais donc que le fameux jour était arrivé, celui dont je parle avec mes copines depuis des mois, avec lesquelles je suis en compétition pour savoir qui serait la première.

Chloé nous avait toutes devancées. Au printemps dernier elle était sortie des toilettes pendant la récré avec sa culotte à la main en criant « Ca y est, ça y est, j’en suis une ! ». On s’était toutes regardées, en ayant la même pensée : « Elle avait gagné ».

Depuis ce jour, la véritable compétition avait commencé. Qui serait la prochaine ? Qui avait les symptômes ? Quelle maman les avait eues à 11 ans ?

Nous avions toutes été prévenues quelques années auparavant par nos mères respectives, de ce qui allait « nous arriver ». A croire que c’était une maladie à laquelle nous n’échapperions pas et avec laquelle nous allions batailler toutes nos vies. Dans un sens elles n’avaient pas tort, mais nous avions juste hâte. Nous ne pouvions y échapper, le suspense battait son plein car la question du « Quand ? » était sur toutes les lèvres.

Quand ? Et bien pour moi c’était aujourd’hui à priori, en plein mois de juillet, dans notre cabane d’été près du lac, sans une âme féminine à l’horizon. Juste mon père, mon frère et moi.

Ma mère avait tenu trois jours et avait eu la bonne idée de mettre les voiles deux jours auparavant ne supportant pas la « nature » en bonne citadine qu’elle était.

Forcément, je me suis sentie seule. Comment allais-je faire ? Devais-je leur en parler ? Combien de temps cela allait durer ? Où acheter ces fameuses serviettes Always?

Mon verdict étant sûr, j’ai fini par sortir des toilettes ; la tête baissée, dans l’impossibilité de regarder mon père dans les yeux, qui visiblement attendait son tour depuis un moment.

« Chérie, que se passe-t-il ? Ça ne va pas ? » m’interrogea-t-il.

J’hésitai une seconde mais lui demanda: « Papa, je peux appeler maman ? ».

Je vis la surprise sur son visage, mais il se mit à chercher tout de suite dans ses poches puis me donna son portable en disant « Tiens chérie, vas-y, prends, mais tu sais que tu peux me dire ce qui ne va pas, maman et moi c’est pareil… ».

Je n’en fis rien et pris le portable qu’il me tendit.

Dans le répertoire, ma mère était enregistrée sous le nom de « Amour », que je sélectionnai, elle décrocha au bout de deux sonneries.

« Maman ça y est. C’est arrivé. » lui annonçai-je sur un ton grave.

« Quoi ma chérie ? Qu’est-il arrivé ? » me demanda-t-elle, surprise.

« Bah ça y est, je suis devenue une femme ».

 

 

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